Et si le moyen le plus simple de manger moins ne se trouvait ni dans l’assiette, ni dans le ventre, mais bien… dans le nez ? Des chercheurs viennent de démontrer que l’odorat pourrait jouer un rôle bien plus important qu’on ne le pensait dans la sensation de satiété. Une piste surprenante qui pourrait changer notre manière de lutter contre l’obésité.
Une action directe sur le cerveau
C’est en exposant des souris à des odeurs de nourriture que des scientifiques allemands, auteurs d’une étude publiée dans la revue Nature, ont découvert un phénomène inattendu. Avant même la première bouchée, l’activation de certains neurones olfactifs provoquait chez les rongeurs une réduction spontanée de la consommation alimentaire.
Ce mécanisme neurologique semble être une réponse automatique du cerveau à la perception des odeurs, influençant directement le comportement alimentaire. Les résultats sont d’autant plus frappants que cette réponse varie fortement selon l’état corporel des sujets.
Un réflexe hérité de l’évolution
Pour expliquer ce phénomène, l’équipe avance une hypothèse évolutionniste. « Nous pensons que ce mécanisme aide les souris sauvages à se protéger des prédateurs. En mangeant moins longtemps, elles réduisent leurs risques d’être capturées », explique Janice Bulk, première auteure de l’étude.
Ce raccourcissement du temps de repas, déclenché par l’odorat, pourrait donc constituer un avantage de survie… qui pourrait aujourd’hui être réutilisé pour réguler notre propre alimentation.
Quand l’obésité brouille les signaux
Mais ce mécanisme ne fonctionne pas chez tout le monde. Les chercheurs ont constaté que les souris obèses ne réagissaient pas du tout de la même manière aux odeurs. Leurs circuits olfactifs semblent altérés, empêchant la régulation naturelle de l’appétit.
« Notre étude montre à quel point nos habitudes alimentaires quotidiennes sont influencées par l’odeur des aliments. Nos résultats soulignent à quel point il est crucial de prendre en compte l’odorat dans la régulation de l’appétit et dans le développement de l’obésité. Puisque nous avons découvert que cette voie ne réduit l’appétit que chez les souris maigres, mais pas chez les souris obèses, notre étude ouvre une nouvelle voie pour aider à prévenir la suralimentation chez les personnes obèses », précise Sophie Steculorum, co-auteure de l’étude.
Des applications pratiques à explorer
Ces découvertes pourraient inspirer de nouvelles approches thérapeutiques, comme l’usage contrôlé de certaines odeurs pour diminuer l’envie de manger. Des études antérieures avaient déjà montré que certaines senteurs comme la pomme, la menthe poivrée ou la poire pouvaient limiter la sensation de faim.
Une révolution discrète dans nos habitudes
Si cette piste est confirmée chez l’humain, sentir son repas avant de manger pourrait devenir une nouvelle règle d’or en nutrition, au même titre que mastiquer lentement ou surveiller les portions.
Avec près de 890 millions d’adultes obèses dans le monde en 2022 (chiffres de l’OMS), cette avancée pourrait offrir un outil précieux, simple et accessible à tous, dans une bataille mondiale pour la santé


