La santé mentale des Français continue de se dégrader, avec un nombre croissant d’hospitalisations pour gestes auto-infligés. Ce phénomène, qui touche particulièrement les jeunes femmes, soulève de graves questions sur l’impact de la crise sanitaire et le rôle potentiel des réseaux sociaux dans cette tendance inquiétante.
Une augmentation significative des cas en 2024
Selon les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress), environ 82 000 personnes âgées de 10 ans et plus ont été hospitalisées au moins une fois pour un geste auto-infligé en 2024. Ce chiffre représente une hausse préoccupante de 6% par rapport à l’année précédente.
Les femmes sont majoritairement concernées par ce phénomène, constituant 64% des personnes hospitalisées pour ces motifs. Cette surreprésentation féminine soulève des interrogations sur les facteurs spécifiques qui affectent davantage les femmes.
Les jeunes filles particulièrement vulnérables
L’analyse des données révèle une situation particulièrement alarmante chez les adolescentes et les jeunes femmes.
La progression la plus marquée concerne les filles de 10 à 14 ans, avec une augmentation de 22% des hospitalisations entre 2023 et 2024. Cette tendance se poursuit chez les 15-19 ans, avec une hausse de 14%.
Les jeunes adultes ne sont pas épargnées, puisque les hospitalisations ont augmenté de 4% chez les 20-24 ans et de 9% chez les 25-29 ans.
Une prise en charge psychiatrique massive
En 2024, environ 12 000 femmes ont été hospitalisées en psychiatrie pour un geste auto-infligé. La moitié de ces patientes avait moins de 20 ans, ce qui souligne la gravité de la situation chez les plus jeunes. À titre de comparaison, moins de 6 000 hommes ont été concernés par ces hospitalisations psychiatriques.
Les hommes jeunes également touchés
Si les femmes sont majoritairement concernées, la tendance à la hausse se manifeste également chez les jeunes hommes. Les 15-19 ans ont connu une augmentation de 17% des hospitalisations pour gestes auto-infligés.
D’autres tranches d’âge masculines sont touchées, avec des hausses de 8% chez les 20-24 ans, 7% chez les 25-29 ans, et 9% chez les 40-44 ans.
L’impact de la crise sanitaire et des réseaux sociaux
L’évolution historique montre que le nombre d’hospitalisations pour gestes auto-infligés est resté relativement stable entre 2013 et 2019, avant de connaître une forte baisse en 2020, puis une remontée constante depuis lors.
Selon la Dress, la crise sanitaire de 2020 a joué un rôle significatif dans la dégradation de la santé mentale, particulièrement chez les adolescentes et les femmes de moins de 30 ans.
Le rôle inquiétant des réseaux sociaux
L’augmentation des troubles pourrait être liée à l’usage croissant des plateformes numériques. Selon un rapport du groupe KidsRight, l’utilisation intensive des réseaux sociaux chez les enfants et adolescents de 11, 13 et 15 ans est passée de 7 à 11% entre 2018 et 2022 dans 44 pays d’Europe, d’Asie centrale et du Canada.
Marc Dullaert, fondateur et président de KidsRight, ne mâche pas ses mots : « La crise de la santé mentale de nos enfants a atteint un point de bascule, exacerbé par l’expansion incontrôlée des plateformes de réseaux sociaux qui donnent la priorité à l’engagement plutôt qu’à la sécurité des enfants ».
Cette corrélation entre l’usage des réseaux sociaux et la dégradation de la santé mentale des jeunes soulève des questions fondamentales sur la protection des mineurs dans l’environnement numérique.


