Le paracétamol, médicament emblématique des pharmacies françaises, se retrouve au cœur d’un débat économique et industriel. Alors que l’État cherche à réduire les dépenses de santé, un projet gouvernemental pourrait fragiliser toute une filière de production nationale et des milliers d’emplois dans l’Hexagone.
Une baisse tarifaire aux conséquences industrielles majeures
Le gouvernement projette de réduire le prix du paracétamol de 10 centimes par boîte pour le fabricant. Cette mesure vise à générer une économie de 30 millions d’euros par an pour la Sécurité sociale. Actuellement, la boîte est vendue 2,18 euros en pharmacie.
Cette décision inquiète particulièrement le secteur pharmaceutique français. Le Lot-et-Garonne, où 1 600 emplois dépendent de cette production, se trouve directement menacé par cette réduction tarifaire. Les laboratoires pharmaceutiques français redoutent un impact négatif majeur sur leur activité.
Des investissements massifs en péril
Paradoxalement, cette baisse de prix intervient alors que des investissements considérables ont été réalisés pour relocaliser la production. Au total, 140 millions d’euros ont été engagés par Upsa, Opella, Seqens et l’État, qui a contribué à hauteur de 70 millions d’euros.
Le projet national vise à produire le paracétamol en France grâce à la collaboration des laboratoires Opella et Upsa, ainsi que l’usine Seqens située en Isère. Ces infrastructures devaient garantir la souveraineté nationale dans l’industrie du médicament, un objectif affiché par Emmanuel Macron.
Un surcoût de production ignoré
Selon un économiste de la santé, produire en France coûte 60% plus cher que dans d’autres pays. La baisse des prix envisagée pourrait donc compromettre la viabilité économique de ces investissements récents et stratégiques.
Les professionnels sonnent l’alarme
Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, exprime ses inquiétudes face à ce projet. Il redoute des ruptures de stock et des impacts financiers négatifs pour les pharmaciens.
Des réunions sont prévues entre les industriels du secteur et Sébastien Martin, ministre de l’Industrie, afin de trouver une solution équilibrée.
Un contexte réglementaire figé depuis 2020
Le prix du paracétamol reste fixe depuis 2020 en France. Plusieurs prolongations du moratoire ont été accordées, les industriels s’étant engagés à augmenter leur capacité de production en contrepartie de cette stabilité tarifaire.
Cette nouvelle orientation gouvernementale remet en question l’équilibre trouvé et soulève des interrogations sur la cohérence de la politique industrielle française dans le secteur pharmaceutique.


