Les traitements hormonaux de la ménopause n’ont jamais cessé d’alimenter le débat scientifique. Entre espoirs thérapeutiques et controverses médicales, une nouvelle étude pourrait bien rebattre les cartes en matière de prévention des maladies neurodégénératives chez les femmes.
Une découverte majeure sur plus de 21 000 femmes
Des chercheurs de Stanford Medicine ont publié dans la prestigieuse revue Neurology les résultats d’une vaste enquête observationnelle. L’investigation a suivi 21 462 femmes de plus de 50 ans, avec un âge moyen de 71 ans au démarrage de l’étude.
Parmi les participantes, près de 2 000 suivaient une hormonothérapie à base d’œstrogènes par voie orale, tandis que les autres n’avaient aucun traitement hormonal. Les scientifiques ont observé des différences notables concernant leur santé cognitive.
Des chiffres encourageants contre la démence
Les femmes sous traitement hormonal présentent une réduction de 35% du risque de développer la maladie d’Alzheimer, constaté lors d’autopsies. Le diagnostic de démence sur une période de trois à cinq ans diminue quant à lui de 39%.
Plus précisément, 18% des femmes traitées ne montraient aucun signe d’Alzheimer à l’autopsie, contre seulement 10% chez celles sans traitement. De même, 40% des patientes sous hormonothérapie présentaient des signes de la maladie, comparé à 51% dans le groupe témoin.
Un protocole spécifique réservé à certaines patientes
L’étude s’est concentrée exclusivement sur les femmes hystérectomisées, ayant subi l’ablation de l’utérus. Ces patientes peuvent recevoir des œstrogènes seuls, sans association avec un progestatif.
Les résultats concernent uniquement l’administration d’œstrogènes par voie orale, et ne peuvent être extrapolés aux autres formes de traitements hormonaux.
Des limites scientifiques à ne pas négliger
Jennifer Bruno, auteure principale de l’étude, appelle à la prudence dans l’interprétation de ces données. « Bien que ces résultats nous aident à mieux comprendre le lien entre l’hormonothérapie et divers marqueurs de démence, des recherches supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir formuler des recommandations aux femmes concernant l’utilisation de ces traitements et leurs effets sur leur santé cérébrale, » souligne-t-elle.
L’étude repose sur des données observationnelles qui ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct. L’applicabilité de ces conclusions aux protocoles modernes reste incertaine.
Pas d’extension aux combinaisons hormonales
Les résultats ne concernent pas les traitements combinant œstrogènes et progestatif, ni les formes locales d’administration. Ces précisions limitent considérablement le champ d’application des conclusions.
Un contexte historique marqué par la controverse
En 2003, la Women’s Health Initiative Memory Study avait associé les traitements hormonaux combinés (œstrogènes et progestatif) à des risques accrus pour la santé. Cette publication avait provoqué une chute spectaculaire de l’utilisation des THM.
L’usage du traitement hormonal de la ménopause s’est effondré, passant de 27% à moins de 5% des femmes ménopausées. Cette baisse drastique témoigne de l’impact durable des controverses passées.
Un renversement de perspective potentiel
Jennifer Bruno reconnaît le caractère révolutionnaire de ces nouvelles données. « Pendant longtemps, la recommandation en vigueur était ‘n’utilisez pas le traitement hormonal de la ménopause pour le déclin de la mémoire’. Cette étude va à l’encontre de cette recommandation. »
Les travaux publiés ouvrent la voie à une possible réévaluation des bénéfices cognitifs de certains traitements hormonaux, dans des conditions strictement définies.


