Une nouvelle alerte sanitaire vient d’être lancée par la revue médicale indépendante Prescrire. Dans son évaluation annuelle des médicaments dont la balance bénéfices-risques est jugée défavorable, l’organisme pointe du doigt plus d’une centaine de substances actives commercialisées en Europe, dont la grande majorité est disponible sur le marché français.
106 médicaments sous surveillance, 88 vendus en France
Le bilan publié par Prescrire pour l’année 2025 est sans appel : 106 médicaments autorisés en Europe présenteraient plus de risques que de bénéfices pour les patients. Parmi eux, 88 sont actuellement commercialisés en France, soulevant d’importantes questions sur le système d’autorisation et de contrôle des médicaments.
Cette liste, établie selon une méthodologie rigoureuse et indépendante, met en lumière des produits parfois largement utilisés par les Français, certains étant même disponibles sans ordonnance.
Des médicaments courants pointés du doigt
Les argiles médicamenteuses en question
Parmi les médicaments déconseillés figurent des produits très populaires comme le Smecta ou Rennieliquo. Ces argiles médicamenteuses sont particulièrement déconseillées pour les enfants en raison du risque de présence de plomb, alors même que leur efficacité réelle n’a pas été scientifiquement établie. Pour les troubles digestifs légers, la revue recommande plutôt l’utilisation de Gaviscon pour des traitements courts.
Les anti-inflammatoires sous surveillance
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène ou le kétoprofène font également partie des médicaments à utiliser avec précaution. Ces substances exposent à des risques accrus d’ulcères, d’hémorragies digestives et de complications rénales ou cardiovasculaires.
Pour la douleur, le paracétamol devrait être privilégié en première intention. Si un AINS s’avère nécessaire, l’ibuprofène et le naxoprène sont à utiliser à dose minimale efficace, sur une période la plus courte possible et toujours sur avis médical.
Le cas du Spasfon
Le célèbre Spasfon (phloroglucinol) figure également dans cette liste. Selon Prescrire, son efficacité contre les douleurs abdominales reste insuffisamment démontrée, tandis que des risques potentiels existent, notamment chez les femmes jeunes ou enceintes. La revue recommande plutôt le paracétamol pour les douleurs modérées, dont l’efficacité est mieux évaluée.
Pourquoi ces médicaments sont-ils toujours autorisés?
Des standards d’évaluation en évolution
Plusieurs facteurs expliquent la présence continue de ces médicaments sur le marché. Certains ont été autorisés selon des critères d’évaluation aujourd’hui considérés comme dépassés. Les standards scientifiques évoluent, mais les autorisations de mise sur le marché ne sont pas systématiquement réévaluées avec la même rigueur.
L’impact économique et environnemental
Au-delà des risques sanitaires, ces médicaments controversés représentent un coût significatif pour l’Assurance maladie. Ils contribuent également à l’empreinte carbone du système de santé, soulevant des questions d’ordre économique et environnemental.
Médicaments contre la toux et maux de gorge : efficacité limitée
Les sirops contre la toux et pastilles pour la gorge contenant des décongestionnants ou des anesthésiques locaux sont également pointés du doigt. Les mucolytiques comme l’ambroxol (Muxol) et la bromhexine (Bisolvon) n’ont pas démontré d’efficacité supérieure à un placebo et peuvent provoquer des réactions allergiques graves.
De même, l’alpha-amylase (Maxilase), fréquemment utilisée pour les maux de gorge, n’a pas fait la preuve de son efficacité et expose à des risques de réactions cutanées et allergiques.
Les hypolipémiants fibrates remis en question
Dans la catégorie des médicaments destinés à réduire le taux de cholestérol, plusieurs fibrates (bézafibrate, ciprofibrate, fénofibrate) sont critiqués pour leur manque d’efficacité prouvée dans la prévention des accidents cardiovasculaires, tout en exposant les patients à des effets secondaires significatifs.
Selon l’étude, seul le gemfibrozil (Lipur) aurait démontré une certaine efficacité clinique dans cette famille de médicaments.
Consultation médicale indispensable
Face à ces informations, il est essentiel de rappeler qu’aucun médicament ne devrait être arrêté sans avis médical préalable. La consultation d’un professionnel de santé reste indispensable avant toute décision concernant un traitement, qu’il s’agisse d’automédication ou de médicaments prescrits.


