Un simple médicament vendu en pharmacie depuis plus d’un siècle pourrait devenir une arme redoutable contre le cancer. Des recherches menées au Royaume-Uni révèlent que l’aspirine, utilisée quotidiennement, offrirait une protection significative contre certaines formes de cancer, notamment le cancer colorectal. Une découverte qui pourrait révolutionner les stratégies de prévention sanitaire.
Un menuisier britannique au cœur d’un essai prometteur
Nick James, fabricant de meubles britannique, porte un gène associé au syndrome de Lynch. Cette anomalie génétique multiplie considérablement le risque de développer un cancer colorectal. Il participe aujourd’hui à un essai clinique innovant visant à évaluer l’effet préventif de l’aspirine sur la formation de tumeurs.
Son implication illustre l’espoir que représente ce traitement simple pour les personnes à risque élevé. Les résultats pourraient transformer les protocoles de prévention pour des milliers de patients.
Des décennies de recherche sur les propriétés anticancéreuses
De la salicine à l’acide acétylsalicylique
L’histoire de l’aspirine remonte à 1763, lorsqu’Edward Stone décrit les propriétés fébrifuges de la salicine. L’acide acétylsalicylique sera ensuite synthétisé et commercialisé par Bayer, marquant le début d’une révolution pharmaceutique.
Dans les années 1970, les pharmacologues commencent à explorer ses propriétés anticancéreuses. Les premières observations suggèrent un lien entre la consommation régulière d’aspirine et une diminution de l’incidence de certains cancers.
Les travaux décisifs de Peter Rothwell
En 2010, Peter Rothwell de l’université d’Oxford publie des conclusions majeures. Selon ses recherches, l’aspirine peut réduire l’incidence et la propagation des cancers. Ces travaux posent les bases des essais cliniques qui suivront.
Une réduction de moitié du risque de cancer colorectal
John Burn a suivi 900 patients atteints du syndrome de Lynch pendant dix ans. Les résultats, publiés en 2020, sont spectaculaires : une dose quotidienne de 600 mg d’aspirine réduit de moitié le risque de cancer colorectal.
Des études complémentaires suggèrent qu’une dose plus faible, entre 75 et 100 mg, pourrait offrir une efficacité comparable. Cette perspective ouvre la voie à un traitement préventif accessible et peu contraignant.
De nouvelles recommandations sanitaires en Europe
Le Royaume-Uni en précurseur
Au Royaume-Uni, l’aspirine est désormais recommandée dès l’âge de 20 ans pour les personnes atteintes du syndrome de Lynch. Cette approche préventive marque un tournant dans la prise en charge de cette population à risque.
L’initiative suédoise
Depuis janvier 2026, la Suède teste systématiquement les patients opérés d’un cancer intestinal. L’objectif : déterminer leur éligibilité à un traitement préventif par aspirine. Cette stratégie pourrait inspirer d’autres pays européens.
Comment l’aspirine combat-elle les cellules cancéreuses ?
L’aspirine inhibe l’enzyme Cox-2, impliquée dans la production de prostaglandines. Ces molécules favorisent la prolifération cellulaire, un mécanisme clé dans le développement tumoral.
Le médicament pourrait également rendre les cellules cancéreuses plus visibles pour le système immunitaire en bloquant le thromboxane A2. Cette double action expliquerait son efficacité préventive.
Des questions encore en suspens
Malgré ces résultats prometteurs, la recommandation universelle de prise d’aspirine reste débattue dans la communauté médicale. Le dosage optimal et la fréquence de consommation nécessitent des recherches supplémentaires.
Les effets secondaires potentiels, notamment les risques hémorragiques, doivent être soigneusement pesés face aux bénéfices attendus.
Un impact potentiel majeur sur la mortalité
John Burn estime qu’une faible dose d’aspirine administrée aux personnes de 50 ans pourrait réduire la mortalité nationale de 4%. Une projection qui souligne l’enjeu de santé publique considérable.
Si ces prévisions se confirment, l’aspirine pourrait devenir l’un des outils de prévention les plus efficaces et les plus économiques disponibles.


