Une vaste étude britannique publiée dans The Lancet vient de lever le voile sur les effets physiologiques contrastés des antidépresseurs. Si ces médicaments restent indispensables pour des millions de patients, leurs impacts sur le cœur, le poids et le métabolisme varient fortement d’une molécule à l’autre.
Une recherche d’envergure mondiale sur 30 antidépresseurs
Menée par l’Institut de psychiatrie, de psychologie et de neurosciences de Camberwell (Royaume-Uni), cette analyse inédite a compilé les données de plus de 58 000 participants. L’objectif : comparer les effets secondaires physiologiques de 30 traitements différents, afin d’aider les médecins à mieux adapter les prescriptions à chaque profil de patient.
Les chercheurs ont mis en évidence des écarts majeurs entre les molécules, aussi bien sur le poids corporel que sur la fréquence cardiaque, la tension artérielle ou les enzymes hépatiques.
Des écarts surprenants sur le poids et le cœur
La prise de poids, souvent redoutée, varie fortement selon le médicament administré. L’étude souligne jusqu’à 4 kilos de différence entre certains traitements, notamment entre l’agomélatine et la maprotiline.
Sur le plan cardiovasculaire, les écarts sont tout aussi marqués : plus de 21 battements par minute séparent la fluvoxamine de la nortriptyline en matière de fréquence cardiaque. De même, une différence de 11 mmHg dans la pression artérielle systolique a été relevée entre la nortriptyline et la doxépine.
Des effets métaboliques et hépatiques préoccupants
Certains antidépresseurs influencent également les paramètres métaboliques. La paroxétine, la duloxétine, la desvenlafaxine et la venlafaxine ont été associées à une hausse du cholestérol total, tandis que la duloxétine tendrait aussi à élever la glycémie.
L’étude signale par ailleurs des anomalies hépatiques chez les patients sous duloxétine, desvenlafaxine ou lévomilnacipran, avec une augmentation notable d’enzymes hépatiques (ASAT, ALAT et ALP). Ces effets pourraient poser un risque accru pour les patients déjà fragilisés au niveau du foie.
Vers une prescription plus personnalisée
Les chercheurs insistent sur la nécessité d’individualiser les traitements selon le profil physiologique de chaque patient. « Les antidépresseurs diffèrent considérablement dans leurs effets sur les paramètres cardiométaboliques, et cela doit être pris en compte par le corps médical », conclut l’étude.
Au-delà de leurs bénéfices psychiques, ces médicaments nécessitent donc une vigilance accrue sur leurs effets physiques, afin d’optimiser la prise en charge et d’éviter des complications parfois sous-estimées.


