Une maladie tropicale longtemps cantonnée aux régions chaudes du globe s’invite désormais aux portes de l’Europe. Transmise par des escargots d’eau douce et responsable de complications graves comme le cancer du foie, la bilharziose ou schistosomiase touche déjà plus de 240 millions de personnes dans le monde. Des cas récents signalés en Corse inquiètent les scientifiques qui craignent une propagation favorisée par le changement climatique.
Un parasite discret aux conséquences graves
La bilharziose est causée par des vers plats du genre Schistosoma, transmis par des escargots aquatiques. Le cycle de transmission commence lorsque le parasite infecte ces mollusques, qui libèrent ensuite des larves dans l’eau. Ces dernières pénètrent directement la peau des personnes entrant en contact avec l’eau contaminée.
Les premiers symptômes semblent anodins : irritation cutanée et fièvre. Mais les complications à long terme sont préoccupantes : anémie chronique, retard de croissance chez les enfants, et dans les cas graves, des cancers du foie ou de la vessie.
Des manifestations variables selon les régions
Les effets de la maladie varient considérablement selon l’espèce de parasite, le type d’escargot vecteur et les conditions locales. En Afrique de l’Ouest, les escargots Biomphalaria et Bulinus propagent différentes formes de la maladie, tandis qu’au Brésil, la forme intestinale prédomine avec l’escargot Biomphalaria glabrata comme vecteur.
En Asie, Schistosoma japonicum s’est particulièrement bien adapté aux systèmes agricoles traditionnels, notamment les rizières irriguées, touchant à la fois humains et animaux d’élevage.
La Corse, nouvelle terre d’accueil du parasite
Ce qui inquiète particulièrement les chercheurs, c’est l’apparition de cas en Corse, liés à la présence de l’escargot Bulinus truncatus et du parasite Schistosoma haematobium. Ces cas suggèrent que le parasite, introduit par des voyageurs, a trouvé des conditions favorables pour s’établir dans cette région méditerranéenne.
Le changement climatique, facteur aggravant
Le réchauffement climatique pourrait exacerber la situation en créant des conditions favorables à l’établissement du cycle complet du parasite dans certaines parties de l’Europe du Sud. Les projets d’irrigation et le développement de l’écotourisme augmentent également les risques d’exposition pour les populations locales et les visiteurs.
La recherche mobilisée face à cette menace émergente
Des experts comme Christoph Grunau, Professeur des Universités spécialisé en épigénétique environnementale et maladies émergentes à l’Université de Perpignan Via Domitia, et Ronaldo Augusto mènent des recherches cruciales sur cette problématique.
Leurs travaux, financés par l’ANR, le Wellcome Trust, la Région Occitanie et l’UPVD, se concentrent sur plusieurs aspects:
– La dispersion des parasites et des mollusques vecteurs
– Les modifications épigénétiques et génétiques pour lutter contre
ces parasites
– L’impact des facteurs environnementaux sur la propagation de la
maladie
Des stratégies de prévention à renforcer
Dans les zones endémiques, les programmes de lutte contre les escargots vecteurs et les campagnes de sensibilisation représentent les principales mesures préventives. Le traitement collectif au praziquantel reste efficace mais doit être accompagné d’une surveillance accrue, particulièrement dans les nouvelles zones à risque comme le sud de l’Europe.
Un indicateur des inégalités mondiales
Au-delà de son aspect médical, la bilharziose représente un indicateur des inégalités socio-économiques mondiales. Sa réémergence potentielle dans des régions hors zones tropicales traditionnelles souligne l’importance d’une approche globale et coordonnée face aux maladies parasitaires.
Le risque accru dans le sud de l’Europe, avec des climats de plus en plus favorables et la présence d’hôtes intermédiaires, appelle à une vigilance renforcée des autorités sanitaires et à des efforts de recherche soutenus pour contenir cette menace émergente.


