Ce complément alimentaire, prisé par des millions de personnes pour lutter contre les troubles du sommeil, pourrait bien cacher un danger insoupçonné. Une récente étude américaine jette un pavé dans la mare en révélant un lien troublant entre l’usage prolongé de mélatonine et les problèmes cardiovasculaires graves.
Un risque d’insuffisance cardiaque multiplié par deux
Les conclusions de cette vaste enquête scientifique sont pour le moins alarmantes. Présentée au congrès de l’American Heart Association en novembre 2025, l’analyse porte sur près de 131 000 adultes américains souffrant d’insomnie chronique.
Les données révèlent que les personnes ayant consommé de la mélatonine pendant au moins un an présentent un risque accru de développer une insuffisance cardiaque, avec une augmentation de 89% par rapport aux non-utilisateurs.
Plus préoccupant encore : les hospitalisations pour insuffisance cardiaque sont 3,5 fois plus fréquentes chez ceux qui utilisent ce complément sur une longue période.
Une méthodologie rigoureuse mais des résultats à nuancer
Pour mener cette étude observationnelle, les chercheurs ont comparé deux groupes d’individus : des utilisateurs réguliers de mélatonine et des personnes n’en consommant pas. Les participants ont été sélectionnés selon 40 critères différents incluant l’âge, le sexe et les antécédents médicaux.
Toutefois, il convient de rester prudent. Les scientifiques n’ont pas établi de lien de causalité direct entre la prise de mélatonine et l’insuffisance cardiaque. De plus, ces résultats n’ont pas encore été publiés dans une revue scientifique à comité de lecture.
Des facteurs confondants à prendre en compte
L’insomnie chronique elle-même, ainsi que la dépression, l’anxiété ou la prise d’autres médicaments pourraient influencer les résultats observés. Des recherches complémentaires s’avèrent nécessaires pour confirmer ces premières observations.
Un marché florissant en France
Chaque année, 1,4 million de boîtes de mélatonine se vendent sur le territoire français. Ces produits sont disponibles en vente libre pour des dosages inférieurs à 2 mg par jour, ce qui favorise l’automédication.
Les seniors constituent la principale clientèle de ces compléments. La production naturelle de mélatonine diminuant avec l’âge, cette population y a fréquemment recours, souvent sans suivi médical approprié.
Une efficacité modeste selon les experts
L’Inserm tempère l’enthousiasme autour de cette molécule. Les études démontrent une réduction modeste du temps d’endormissement, principalement chez les personnes de plus de 55 ans.
En revanche, son impact sur les réveils nocturnes et la qualité globale du sommeil reste limité. Ces observations questionnent la pertinence d’une utilisation prolongée.
Les recommandations officielles de l’Anses
Dès 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alertait sur les risques d’une consommation excessive. Ses préconisations sont claires : limiter la prise à un usage ponctuel et éviter l’automédication sur le long terme.
Le piège du « naturel »
Beaucoup considèrent la mélatonine comme inoffensive en raison de son caractère naturel. Cette perception constitue pourtant une erreur dangereuse : un complément d’origine naturelle n’est pas systématiquement dénué de risques.
La vigilance s’impose particulièrement pour les personnes de plus de 50 ans, davantage exposées aux problèmes cardiovasculaires et consommatrices régulières de ce type de produits.
Des alternatives thérapeutiques recommandées
Face à l’insomnie chronique, les professionnels de santé préconisent en première intention la thérapie cognitive et comportementale (TCC-I). Cette approche non médicamenteuse a fait ses preuves dans le traitement des troubles du sommeil.
Pour toute personne prenant régulièrement de la mélatonine, une consultation médicale s’impose. Un médecin pourra évaluer les bénéfices réels et les risques potentiels d’une telle supplémentation.
Cette étude, bien que préliminaire, rappelle l’importance d’une utilisation raisonnée des compléments alimentaires et la nécessité d’un accompagnement médical adapté.


