Une recherche scientifique internationale vient bousculer une croyance solidement ancrée dans nos habitudes alimentaires. L’idée que consommer régulièrement des légumes protégerait notre cœur serait-elle un mythe? Des chercheurs de prestigieuses universités apportent un éclairage nouveau sur cette question, remettant en cause ce que beaucoup considéraient comme une évidence.
Une étude d’envergure qui remet en question les idées reçues
Des scientifiques des Universités d’Oxford, de Bristol et de Hong Kong ont mené une vaste analyse sur la relation entre consommation de légumes et risque cardiovasculaire. Leurs conclusions surprenantes bouleversent les recommandations nutritionnelles traditionnelles.
« Que la consommation de légumes puisse réduire le risque de maladies cardiovasculaires peut sembler plausible à première vue, car leurs ingrédients tels que les caroténoïdes et l’alpha-tocophérol (une forme de vitamine E, ndlr) ont des propriétés potentiellement protectrices. Mais les preuves scientifiques sont pour le moment incohérentes », expliquent les auteurs de l’étude.
Une méthodologie rigoureuse basée sur des données massives
Pour obtenir des résultats fiables, les chercheurs ont exploité la UK Biobank, une base de données prospective exceptionnelle. Ils ont analysé le profil de près de 400 000 personnes, dont 4,5% ont développé une maladie cardiovasculaire au cours de la période d’observation.
Chaque participant avait minutieusement documenté sa consommation quotidienne de légumes, qu’ils soient consommés crus ou cuits. L’objectif était d’établir une corrélation entre cette consommation et le risque d’hospitalisation ou de décès suite à un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral.
La particularité de cette étude réside dans sa prise en compte des facteurs de confusion potentiels, comme le statut socio-économique et les niveaux d’activité physique des participants.
Des résultats qui contredisent l’intuition commune
Au premier abord, les résultats semblaient confirmer les croyances populaires : le risque de mourir d’une maladie cardiovasculaire apparaissait inférieur de 15% chez les grands consommateurs de légumes comparé à ceux qui en mangeaient peu.
Cependant, après ajustement statistique intégrant les facteurs de confusion, ce bénéfice apparent s’est considérablement réduit, perdant 80% de sa valeur prédictive. Un résultat qui suggère que l’effet protecteur attribué aux légumes pourrait en réalité provenir d’autres facteurs liés au mode de vie.
Les conclusions des experts
Le Dr Qi Feng, chercheur principal de l’étude à l’Université d’Oxford, est catégorique : « Nous n’avons trouvé aucune preuve d’un effet protecteur de la consommation de légumes sur la survenue de maladies cardiovasculaires. Au lieu de cela, nos analyses montrent que cet effet apparemment protecteur est très probablement expliqué par le biais de facteurs de confusion résiduels, liés aux différences de situation socio-économique et au mode de vie. »
Malgré ces conclusions, les chercheurs maintiennent qu’une « alimentation équilibrée et le maintien d’un poids de forme restent des éléments importants pour maintenir une bonne santé et réduire le risque de maladies majeures, y compris certains cancers. Il est largement recommandé de manger au moins cinq portions de fruits et de légumes chaque jour. »
Vers une approche plus globale de l’alimentation
Cette étude invite à repenser notre approche nutritionnelle. Alice Lichtenstein, directrice du laboratoire de nutrition cardiovasculaire de l’Université Tufts, apporte un éclairage complémentaire : « Choisir un seul aliment, ici des légumes, et supposer qu’il suffit de l’ajouter à l’alimentation, pour obtenir des bénéfices n’est pas suffisant ».
Elle précise également : « Ce qui est clair, c’est que nous ne devrions pas nous intéresser à des aliments ou à des nutriments uniques, mais plutôt à l’ensemble du régime alimentaire. »
Ces travaux suggèrent donc qu’une vision holistique de notre alimentation serait plus pertinente qu’une focalisation sur certains aliments « miracles », même aussi universellement recommandés que les légumes.


