La pandémie de Covid-19 a bouleversé l’ensemble des systèmes de santé mondiaux. Au-delà des millions de contaminations et de décès directement liés au virus, les confinements et les restrictions sanitaires ont eu des répercussions dramatiques sur la détection et le traitement d’autres pathologies graves. Les cancers figurent parmi les principales victimes collatérales de cette crise sans précédent.
Une vaste étude internationale révèle aujourd’hui l’ampleur du retard accumulé dans les diagnostics oncologiques. Les chiffres sont alarmants et soulèvent de nombreuses interrogations sur les conséquences à long terme pour les patients.
Une étude d’envergure dans sept pays développés
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et un consortium international ont publié leurs travaux dans The Lancet Oncology. Cette recherche porte sur les données médicales de 2,6 millions de patients répartis dans sept nations riches.
L’Australie, le Canada, le Danemark, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, la Norvège et le Royaume-Uni ont participé à cette analyse. Ces pays disposent de systèmes de santé robustes et de registres médicaux performants, permettant une évaluation précise de l’impact de la pandémie.
Des dizaines de milliers de diagnostics manqués
Entre le 1er avril et le 31 décembre 2020, plus de 55 000 cas de cancer n’ont pas été détectés selon les prévisions habituelles. Cette période correspond aux premiers mois de la pandémie, marqués par des restrictions sanitaires particulièrement strictes.
Les baisses les plus significatives se concentrent durant les quatre premiers mois de confinement. Les services de dépistage ont été interrompus ou fortement réduits, reportant d’innombrables examens et consultations.
Tous les cancers ne sont pas égaux face au retard
Le cancer de la prostate affiche la chute la plus spectaculaire avec une baisse de 24% des diagnostics par rapport aux prévisions. Cette diminution s’explique notamment par l’interruption des dépistages systématiques chez les hommes.
Les cancers du sein et les mélanomes cutanés enregistrent une réduction de 18% chacun. Le cancer du poumon connaît une baisse de 8%, tandis que celui de l’ovaire affiche le recul le plus modéré avec 4%.
Des disparités nationales révélatrices
L’étude met en lumière des différences notables entre les pays analysés. Le Royaume-Uni et l’Irlande ont connu les perturbations les plus importantes dans leurs systèmes de détection oncologique.
À l’inverse, la Norvège et la Nouvelle-Zélande ont mieux résisté à la crise. Ces deux nations ont rapidement retrouvé des niveaux de diagnostic proches de la normale après les premières semaines de confinement.
La résilience des systèmes de santé en question
Ces écarts s’expliquent par plusieurs facteurs. La continuité des services de dépistage et de diagnostic pendant la pandémie a joué un rôle déterminant. Les pays ayant maintenu ces activités essentielles ont limité le retard accumulé.
L’accès aux soins et la capacité d’adaptation des structures hospitalières constituent d’autres variables clés. Les systèmes de santé les plus flexibles ont su réorganiser leurs priorités sans sacrifier la prise en charge des pathologies non-Covid.
L’alerte de l’OMS sur un impact catastrophique
Hans Kluge, directeur Europe de l’Organisation mondiale de la santé, a qualifié l’impact de la pandémie sur le traitement du cancer de « catastrophique ». Les services oncologiques ont été interrompus dans un tiers des pays de la zone européenne.
Ces interruptions ne concernent pas uniquement les diagnostics. Les traitements en cours ont également été perturbés, avec des chimiothérapies reportées, des interventions chirurgicales annulées et des suivis post-thérapeutiques différés.
La peur du virus comme facteur aggravant
Au-delà des fermetures de services, la crainte de contracter le Covid-19 a dissuadé de nombreuses personnes de consulter leur médecin. Cette autocensure sanitaire a amplifié le phénomène de sous-diagnostic.
Les patients ont préféré retarder leurs rendez-vous médicaux plutôt que de se rendre dans des structures hospitalières perçues comme des lieux de contamination potentielle.
Des conséquences à long terme encore inconnues
Les chercheurs soulignent la nécessité d’études complémentaires pour évaluer les effets durables de ce retard diagnostique. La question centrale porte sur le stade d’avancement des cancers au moment de leur détection tardive.
Un diagnostic précoce améliore considérablement les chances de guérison et réduit la lourdeur des traitements nécessaires. À l’inverse, une tumeur détectée à un stade avancé compromet sérieusement le pronostic vital.
Les systèmes de santé devront analyser dans les années à venir si les cancers non diagnostiqués en 2020 ont finalement été détectés plus tardivement, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour les patients concernés.


