Face à un cancer touchant majoritairement les hommes mais dont l’incidence évolue, les scientifiques explorent de nouvelles méthodes de détection moins invasives. Une récente avancée technologique pourrait transformer radicalement le diagnostic de cette pathologie encore trop souvent détectée tardivement.
Un cancer aux tendances épidémiologiques changeantes
Le cancer du larynx occupe actuellement le 17e rang des cancers les plus fréquents en France métropolitaine. Sa distribution entre les genres reste très inégale, avec une incidence sept fois supérieure chez la population masculine. Toutefois, les statistiques révèlent une évolution préoccupante : pendant que les cas diminuent chez les hommes, ils augmentent progressivement chez les femmes.
Cette tendance s’explique principalement par l’évolution des comportements liés à la consommation de tabac et d’alcool, deux facteurs de risque majeurs. Mais un autre élément est désormais sous surveillance.
« Les cancers ORL associés au tabac et à l’alcool ont tendance à diminuer chez les hommes, mais depuis une quinzaine d’années il y a un nouveau facteur de risque, qui s’amplifie, qui est l’infection chronique aux papillomavirus », explique le Docteur Sylvain Morinière.
Cette nouvelle donne épidémiologique modifie également le profil des patients. « Ces cancers peuvent atteindre des patients en forme, non-fumeurs et non buveurs, plus jeunes c’est-à-dire avant 50 ou 60 ans, ce qui peut être déconcertant pour les professionnels de santé », poursuit le spécialiste.
L’importance cruciale d’un diagnostic précoce
Le pronostic du cancer du larynx varie considérablement selon le stade de détection et la localisation exacte de la tumeur. Les taux de survie oscillent entre 35% et 78%, soulignant l’importance capitale d’une détection la plus précoce possible.
Actuellement, le diagnostic repose sur des procédures relativement lourdes : endoscopie nasale vidéo et biopsies. Ces examens présentent plusieurs inconvénients majeurs : ils sont invasifs pour le patient, coûteux pour le système de santé et nécessitent un temps médical important.
Les signes d’alerte à ne pas négliger
Plusieurs symptômes doivent alerter et conduire à consulter rapidement : « Un bouton sur la langue, une plaie dans la bouche qui ne cicatrise pas, une ou deux amygdales rouges ou à l’aspect irrégulier, des difficultés à avaler, une perte de voix, une grosseur… Si cela dure plus de trois semaines il faut consulter », avertit le Dr Morinière.
L’IA comme nouvel outil de détection non invasif
Une avancée scientifique majeure pourrait transformer l’approche diagnostique de cette pathologie. Publiée le 12 août dans la prestigieuse revue Frontiers in Digital Health, une étude suggère que l’intelligence artificielle pourrait détecter efficacement les cancers du larynx par simple analyse vocale.
Les chercheurs du projet « Bridge2AI-Voice » ont mené une analyse approfondie de 12 523 enregistrements vocaux provenant de 306 participants nord-américains. Leur méthodologie s’est concentrée sur l’identification d’anomalies des cordes vocales en examinant plusieurs paramètres acoustiques : variations de ton, hauteur, volume, clarté, fréquence fondamentale et rapport harmonique/bruit.
Des résultats prometteurs
Le Dr Phillip Jenkins, l’un des principaux chercheurs de l’étude, se montre optimiste : « Ici, nous montrons qu’avec cet ensemble de données, nous pourrions utiliser des biomarqueurs vocaux pour distinguer les voix des patients présentant des lésions des cordes vocales de ceux qui n’en ont pas ».
Cette approche pourrait constituer une véritable révolution dans le dépistage, offrant une alternative non invasive et potentiellement plus accessible aux méthodes conventionnelles.
« Nos résultats suggèrent que de grands ensembles de données multi-institutionnels d’origine éthique, comme Bridge2AI-Voice, pourraient bientôt aider à faire de notre voix un biomarqueur pratique du risque de cancer dans les soins cliniques », ajoute Jenkins.
Vers une application clinique concrète
Avant d’envisager une utilisation en routine clinique, plusieurs étapes restent nécessaires. L’équipe de recherche prévoit d’abord de tester leurs algorithmes sur un volume de données plus conséquent et dans un environnement clinique réel.
Le Dr Jenkins précise la feuille de route : « Pour passer de cette étude à un outil d’IA qui reconnaisse les lésions des cordes vocales, nous entraînerions des modèles à l’aide d’un ensemble de données encore plus important d’enregistrements vocaux, étiquetés par des professionnels. Nous devons ensuite tester le système pour nous assurer qu’il fonctionne aussi bien pour les femmes que pour les hommes ».
Cette attention particulière à l’équité des performances entre genres s’avère particulièrement pertinente compte tenu de l’évolution épidémiologique de la maladie, avec une augmentation des cas féminins.


