Un éternuement, une boîte de mouchoirs et hop, direction la pharmacie pour refaire son stock de remèdes « miracles » contre le rhume. Et si, au lieu de nous sauver, ces médicaments étaient plus dangereux qu’utiles ? Enquête sur un réflexe aussi français… qu’inutile.
Le rhume : un faux ennemi, de vrais dégâts dans nos porte-monnaie
Chaque année, près d’un quart de la population est touché par un rhume. Oui, un quart ! Pour les amateurs de calculs, c’est six à sept fois plus que la grippe. Pourtant, alors que cette maladie reste bénigne (les complications ne concernent que 0,5 % à 2 % des cas), elle entretient tout un commerce de médicaments, particulièrement inutile. Un rapport de 2020 des Académies nationales de pharmacie et de médecine tire la sonnette d’alarme : une déferlante de dépenses injustifiées nous submerge, pour traiter un virus… qui se moque royalement de nos pilules.
Première erreur : les antibiotiques, premiers sur la liste des prescriptions pour rhume. Ils sont cependant sans aucun effet contre les virus. Martial Fraysse, membre de l’Académie nationale de pharmacie, insiste : « Les patients sous antibiotiques ne reprennent pas leurs activités quotidiennes plus tôt et ne prennent pas moins d’autres médicaments que les autres ».
Et ils ne sont pas seuls : corticoïdes, antihistaminiques, anti-inflammatoires et décongestionnants (type Fervex ou Humex)… même combat ! Aucun n’accélère la guérison et tous s’accompagnent d’effets secondaires qui jurent avec le caractère bénin du rhume.
Petit virus, grands remèdes ? La science répond non
Pour la majorité des rhumes (entre 30 % et 50 %), ce sont les rhinovirus qui sévissent, particulièrement l’automne venu. Ils n’épargnent personne et, pour couronner le tout, on en dénombre plus d’une centaine de types différents. Les coronavirus, eux, sont responsables de 7 % à 18 % des cas, tandis que virus parainfluenzae, VRS (virus respiratoire syncytial) et entérovirus forment le peloton de queue avec chacun moins de 5 %. Avec une telle diversité, on comprend que la recette universelle n’existe pas… sauf pour alimenter le trésor des pharmacies.
Des médicaments aux effets secondaires malvenus
Regardons d’abord les antihistaminiques. A priori, ils sont destinés aux allergies. « Non seulement ils n’améliorent pas les symptômes du rhume, mais ils peuvent vous envoyer tout droit à l’hôpital si vous souffrez d’hypertension », fustige Martial Fraysse. Et ce n’est pas tout : somnolence, rétention urinaire, troubles de la vision, constipation… La liste des réjouissances est longue.
Les décongestionnants nasaux offrent, soyons honnêtes, une petite amélioration sur le nez bouché. Mais à quel prix ! Ces vasoconstricteurs peuvent entraîner un risque cardiaque sérieusement exagéré pour un simple rhume. Le spécialiste tranche : « Les dangers sont bien supérieurs aux bénéfices. En gros, le mieux est ici l’ennemi du bien ».
Mais le danger pour la santé publique n’est pas la seule conséquence. Le rapport critique également « un coût injustifié en dépenses de santé ». Une estimation place la facture à 41 millions d’euros par an pour les médicaments étudiés. Et ce n’est même pas exhaustif !
L’addiction nationale à la prescription (et comment s’en passer)
Il est bien connu : les Français raffolent des ordonnances. En France, 90 % des consultations se terminent avec une prescription en main, contre 47 % aux Pays-Bas et 72 % en Allemagne, selon une étude Ifop. Martial Fraysse constate : « Les patients ne supportent pas l’inconfort et veulent absolument soulager leurs symptômes ».
Pourtant, la vraie solution est si simple qu’elle serait presque décevante pour nos esprits cartésiens : « Attendre que ça passe », résume Martial Fraysse. Le rhume disparaît naturellement en une à deux semaines. Les symptômes sont parfois désagréables mais sans gravité.
- Pour un nez bouché : lavage au sérum physiologique.
- Pour les maux de tête : paracétamol en quantité raisonnable.
- Pour la gorge : une tisane au miel.
- Pour la fatigue : dormir plus tôt, au chaud dans un lit confortable.
En conclusion, face au rhume, mieux vaut la patience que la pilule. Redécouvrons les remèdes de grand-mère et laissons nos pharmacies souffler ! Votre portefeuille (et votre cœur) vous diront merci.


