Un matin, vous vous regardez dans le miroir : horreur, quelques cheveux blancs vous font de l’œil, comme s’ils s’étaient invités à la fête sans prévenir ! Signal d’alarme ou simple clin d’œil du temps ? Derrière cette surprise capillaire peut parfois se cacher bien plus qu’une question d’esthétique.
Les cheveux blancs : inéluctables ou signe inquiétant ?
L’apparition des cheveux blancs, ça arrive à tout le monde, ou presque ! Autour de 40 à 50 ans, la canitie – c’est le nom savant du blanchiment des cheveux – s’invite comme un rite de passage. La faute à qui ? Aux mélanocytes, ces ouvriers de l’ombre (du cuir chevelu), responsables de la couleur de nos cheveux. Quand ils cessent de produire de la mélanine, les cheveux poussent… mais sans pigmentation ! Résultat : place aux mèches argentées.
Mais les lois de la génétique n’épargnent pas tout le monde de la même façon. Pour certains, hélas, le bal des cheveux blancs commence dès la vingtaine – la loterie de la vie, version capillaire ! Le dermatologue Sébastien Barbarot (CHU de Nantes) l’affirmait en août 2019 : « C’est une question de génétique ».
Vous avez déjà entendu cette légende urbaine : « J’ai eu un choc, mes cheveux sont devenus blancs en une nuit ! » ? Eh bien, n’en déplaise aux scénaristes de films dramatiques, c’est « un mythe », déclare le même spécialiste. Pas la peine donc de s’arracher les cheveux : voir arriver des fils d’argent, c’est NORMAL !
Cheveux blancs et cœur fragile : un lien inattendu ?
Alors, d’où vient cette inquiétude que les cheveux blancs puissent signaler un problème de santé caché ? Une étude de 2017 de l’European Society of Cardiology a jeté un coup de projecteur sur un lien possible : chez les hommes, plus il y a de cheveux gris, plus le risque de développer de l’athérosclérose – une maladie des artères – serait élevé, et ce quel que soit l’âge.
La Dr Irini Samuel, cardiologue à l’université du Caire et co-autrice de l’étude, explique que « le vieillissement est un facteur de risque cardiovasculaire inévitable et il est associé à des signes dermatologiques pouvant signaler un risque accru de maladie cardiaque ». En clair : dans cette étude, les participants déjà atteints d’athérosclérose avaient plus souvent des cheveux gris.
Pas de psychose, cependant. Sébastien Barbarot rappelle avec sagesse : « le risque de développer une maladie cardiovasculaire s’accroît avec le vieillissement ». Simple bon sens. Et il ajoute qu’il faudrait de nouvelles études pour confirmer, ou non, le lien direct entre cheveux blancs et maladies cardiaques.
Cheveux soudainement blancs : carences ou maladies ?
Parfois, les cheveux blancs débarquent plus vite que prévu. Dans ce cas, faut-il regarder du côté de l’assiette ? La Dr Karthik Krishnamurthy, directrice du service de dermatologie au centre médical de Montefiore (New York), souligne qu’un « niveau bas en vitamine B12 peut entraîner une baisse de la pigmentation ». Alors, les carences, coupables ? Oui, mais il y a un mais.
Sébastien Barbarot tempère : « Cela se produit dans des cas de dénutrition ou d’alimentation très déséquilibrée, ce qui est rare dans les pays occidentaux ». Avoir quelques cheveux blancs n’est donc pas la preuve formelle d’un régime déficient en B12 ou de carences sévères.
- Manque de vitamine B12 : peut entraîner une dépigmentation, mais rare dans les pays occidentaux.
- Alimentation déséquilibrée : concerne surtout des cas exceptionnels.
Quand l’immunité s’en mêle : vitiligo, pelade et autres surprises
Autre piste : certaines maladies auto-immunes, qui peuvent impacter l’apparence de nos cheveux. Le vitiligo, par exemple, est surtout connu pour provoquer des taches blanches sur la peau. Mais il peut également entraîner une dépigmentation des cheveux ou des poils du visage, selon Sébastien Barbarot.
Autre trouble immunitaire : la pelade, qui provoque la chute des cheveux par plaques. Lorsque les cheveux repoussent, ils peuvent, ô surprise, revenir tout blancs !
- Le vitiligo : touche la peau ET les cheveux ou poils du visage.
- La pelade : provoque une chute localisée puis une repousse parfois décolorée.
Conclusion : blonds, bruns, châtains ou poivre et sel, nos cheveux ont surtout leur mot à dire sur notre histoire et notre héritage génétique. Quelques mèches blanches n’annoncent pas toujours un orage médical, et pas de panique prématurée : l’essentiel est de surveiller son état général, pas seulement son reflet capillaire ! Au moindre doute sur votre santé, une visite chez le médecin vaut bien plus qu’un teinturier !


