Quand l’hiver arrive et que les virus circulent partout, la tentation est grande de renforcer son organisme avec des vitamines et compléments en tout genre. Mais derrière cette habitude très répandue, les spécialistes rappellent que ces produits ne sont pas anodins. Entre fausses croyances, risques de surdosage et carences réelles, la frontière entre bénéfice et danger est parfois bien plus fine qu’on ne l’imagine.
Les vitamines : essentielles, mais pas magiques
Les vitamines participent à des
fonctions vitales : production d’énergie, renouvellement
cellulaire, fabrication des globules rouges, protection des tissus,
absorption du fer ou du calcium… Rien à dire, elles sont
indispensables.
Mais indispensables ne veut pas dire miraculeuses, surtout en
pleine saison des rhumes.
Parmi les idées reçues les plus ancrées, celle qui consiste à avaler de la vitamine C dès les premiers frissons pour éviter un virus. Pourtant, la littérature scientifique rappelle que cette stratégie ne tient pas face aux faits. Une analyse publiée en 2022 dans NEJM Evidence souligne que « les perfusions de vitamine C n’apportent pas de bénéfice clair pour les patients atteints d’infections graves comme la Covid-19, la pneumonie ou la septicémie ». De quoi remettre en perspective les cures hivernales improvisées.
Carences : un vrai problème, aux conséquences parfois sévères
À l’inverse, un manque de
vitamines peut provoquer des troubles sérieux.
— Vitamine C :
fatigue, affaiblissement immunitaire, risque de scorbut dans les
carences extrêmes.
— Vitamine D :
douleurs musculaires, crampes, troubles nerveux, fractures accrues.
Chez l’adulte, elle peut entraîner une ostéomalacie ; chez
l’enfant, le rachitisme.
Ces déficits existent réellement, mais nécessitent d’être identifiés et confirmés médicalement avant toute supplémentation.
Compléments alimentaires : des risques souvent ignorés
Pris au hasard ou en
automédication, les compléments ne sont pas sans
danger.
Les vitamines liposolubles (A, D, E, K), qui s’accumulent dans
l’organisme, sont particulièrement à surveiller : un excès peut
entraîner maux de tête, troubles digestifs, mais aussi atteintes
hépatiques, malformations du fœtus (vitamine A) ou hypercalcémie
sévère (vitamine D).
En 2022, l’Anses alertait après plusieurs cas d’hypercalcémie grave chez des nourrissons, conséquence directe d’un dosage inadapté en vitamine D. Une illustration frappante des risques liés à un usage non encadré.
Une supplémentation utile… à condition d’être encadrée
Pour la grande majorité des personnes, une alimentation équilibrée reste la meilleure source de vitamines. La supplémentation n’a de sens que dans des situations particulières : carence avérée, grossesse, pathologies spécifiques, convalescence, vieillissement ou malnutrition.
Et surtout, elle doit se faire sur avis médical, car le marché des compléments est beaucoup moins encadré que celui des médicaments : qualité variable, promesses exagérées, dosages fluctuants… autant de raisons d’être prudent.
Dans un contexte où l’on cherche à se protéger des infections hivernales, les compléments alimentaires peuvent sembler rassurants. Mais leur utilisation nécessite plus de discernement qu’on ne le pense. L’hiver n’est pas une excuse pour les consommer systématiquement : mieux vaut ajuster son mode de vie, surveiller son alimentation, et surtout demander conseil avant d’ouvrir un flacon.


