Dans le ciel, à des milliers de mètres d’altitude, un danger invisible guette quotidiennement les professionnels de l’aviation. Les rayonnements cosmiques, contre lesquels l’atmosphère terrestre offre une protection bien moindre qu’au sol, constituent une menace sanitaire majeure. Une vaste étude américaine révèle aujourd’hui l’ampleur inquiétante de cette exposition professionnelle sur la santé des équipages aériens.
Des chiffres qui interpellent sur la mortalité du personnel aérien
L’analyse de 12,7 millions de certificats de décès enregistrés aux États-Unis entre 2020 et 2024 dresse un constat édifiant. Le personnel navigant commercial affiche un taux de mortalité de 6,9 % pour les cancers associés aux radiations, tandis que les pilotes atteignent 6,7 %.
Ces proportions contrastent fortement avec les 5 % observés dans la population générale. Le risque s’avère donc supérieur de 50 % pour les hôtesses et stewards, et de 36 % pour les pilotes comparativement au reste de la population.
Une exposition professionnelle scientifiquement documentée
L’enquête s’est concentrée sur les pathologies reconnues comme liées aux rayonnements : leucémies, lymphomes, myélome multiple, ainsi que les cancers de la peau, du sein, de la thyroïde, de la prostate et du système nerveux central.
Catherine Olsen et Ken Karipidis, tous deux spécialistes de la radioprotection, estiment que cette spécificité indique une exposition professionnelle plutôt que des facteurs liés au mode de vie.
Un classement surprenant des professions à risque
Les hôtesses de l’air et stewards occupent la première place du classement des métiers les plus touchés par ces cancers radio-induits. Les pilotes suivent immédiatement, devançant même les techniciens du secteur nucléaire malgré leur exposition quotidienne reconnue.
Des réglementations contrastées entre continents
Outre-Atlantique, aucune limite obligatoire de dose ni système de surveillance n’encadre l’exposition des équipages. Cette absence de cadre réglementaire contraste avec l’approche européenne de la question.
Le modèle français de surveillance et de prévention
En France, l’exposition fait l’objet d’une évaluation individualisée. Dès que le seuil de 1 millisievert par an est franchi, des mesures de prévention doivent être déployées.
Les personnels exposés à plus de 6 millisieverts sur douze mois sont classés en catégorie A, bénéficiant d’un suivi renforcé. La réglementation fixe la limite d’exposition professionnelle à 20 millisieverts sur douze mois consécutifs.
Quelle dose de radiation pour un vol transatlantique ?
Pour illustrer concrètement cette exposition, un trajet Paris–New York génère approximativement 0,06 millisievert de radiation. Atteindre le seuil de 6 millisieverts nécessiterait donc d’effectuer environ cent vols similaires.
Cette donnée permet de comprendre pourquoi les professionnels effectuant des rotations fréquentes accumulent rapidement des doses significatives, particulièrement sur les lignes long-courriers où l’altitude de croisière et la durée d’exposition sont maximales.


